Apprivoiser les écrans et grandir,mardi 5 Novembre - compte rendu

Apprivoiser les écrans et grandir,
à tous les âges de l’enfance
Avec Serge Tisseron
https://www.3-6-9-12.org
Conférence mardi 5 Novembre 

Retour sur la conférence annuelle de l’UDAF 14 du mardi 5 novembre 2019 à Caen
Serge Tisseron : Apprivoiser les écrans et grandir
Forte affluence au centre des congrès de Caen en ce mardi 5 novembre dernier, une salle comble de
parents et professionnels sont venus écouter Serge Tisseron, psychiatre et psychologue
renommé, spécialiste des écrans et créateur de la grille 3-6-9-12 qui fait référence pour un
usage raisonné des écrans.

Cette conférence annuelle vient en cohérence avec les travaux engagés au niveau local par
l’UDAF au sein du comité de pilotage régional pour un usage raisonné des écrans qui a
permis la création et l’édition d’outils selon les tranches d’âge de 0 à 16 ans sur le sujet. Les
outils « les écrans et nous » sont disponible sur le lien suivant :
https://normandie.mutualite.fr/dossiers/les-ecrans-et-nous/

Lors de la conférence, Serge Tisseron a d’abord balisé l’irruption des écrans dans les enjeux
éducatifs au travers des bouleversements sociétaux et technologiques, pour faire émerger la
nécessité d’un acte éducatif de « socialisation » vis-à-vis des écrans au même titre que l’on
socialise l’enfant pour la prise de nourriture au travers d’un apprentissage progressif et codé
par des moments et des exigences sociales.

Loin de nourrir une anxiété particulière, il a replacé chaque étape en déployant la métaphore
sur les impératifs alimentaires. Par exemple au même titre que le beefsteak n’est en rien nocif
à l’enfant, l’écran n’est pas mauvais en soit. Cependant il n’est pas adapté de mettre de la
viande dans le biberon du nouveau né, ainsi l’usage d’un écran quel qu’il soit avant 3 ans,
n’est pas adapté. Les études scientifiques prouvent de manière rationnelle la vérité de cet
axiome en mettant en lumière la carence dans les apprentissages et habiletés fondamentales
lors d’un usage trop précoce des écrans.

Au même titre, l’irruption trop précoce de l’outil smartphone dans la vie de l’adolescent
revient à lui proposer un frigo en « open-bar » dans sa chambre, rempli de coca, frites et
hamburger. Il convient donc de poser des actes éducatifs progressifs et pertinents pour
accompagner l’enfant dans son auto-régulation. Le conférencier a proposé des balises
pertinentes selon les âges qui reprennent les âges 3-6-9-12 et permettent un accompagnement
progressif et le plus harmonieux possible.

Un focus intéressant et inédit a été fait sur la reconnaissance en 2018 par l’OMS du « gaming
desorder » en raison de l’évolution récente du modèle économique des jeux vidéos qui
ouvrent désormais la place à une addiction caractérisée du joueur. En effet désormais la
plupart des jeux vidéos sont désormais « gratuits » (Fortnight,….) mais associés à des
possibilités d’achats très récurrents (pour un costume virtuel par exemple) qui s’appuient sur
les même procédés que les jeux d’hasard et d’argent, créant une surenchère dans les
mécanismes de frustration/sollicitation/récompense dont il est d’autant plus difficile de
s’affranchir que l’on a investi de l’argent. Ce système « toxique » a été reconnu dangereux par
la Belgique qui a interdit au moins de 18 ans la pratique de ces jeux. La France n’a pas
reconnu ce caractère de gravité, alléguant que la matérialité des achats (y compris d’un
costume virtuel à 500€ par exemple) était bien réelle. En attendant la pratique des LOOTBOX
(« boite à butin » sorte de pochette surprise numérique dont on ne connaît pas le contenu mais
dont le joueur espère obtenir un attribut rare qui le mettra en valeur sur l’espace de jeu) fait
des ravages parmi les joueurs adolescents.
Un autre point d’attention classique mais toujours important a été fait sur l’utilisation faite des
données personnelles par les réseaux sociaux qui pilonnent toujours plus efficacement
l’utilisateur actifs en fonction de ses prédispositions savamment interprétées par des
algorithmes performants. Pour Serge Tisseron il ne faut pas tomber dans le piège d’une
exposition de sa vie personnelle et circonscrire l’outil à un usage maitrisé selon un objectif
identifié et assumé.

Néanmoins pour finir sur une note plus optimiste et encourageante pour les éducateurs, il
convient de rappeler que les écrans ne provoquent pas d’addiction irréversible. Il s’agit
uniquement d’une possibilité d’une addiction comportementale (contrairement à la drogue ou
l’alcool). Des cohortes de population sont suivies depuis les années 90 et permettent
d’affirmer qu’il n’y a pas de sevrage physiologique nécessaire et que le risque de rechute est
très faible voire inexistant. Il s’agit donc de mettre en œuvre des outils de sevrage
psychologique comme des séjours détox et des mesures éducatives fermes et volontaristes
sans crainte de conséquences physiologiques.
L’assistance captivée par les propos clairs, percutants et encourageants a pu poser de
nombreuses questions.



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